Au salon de La Tzoumaz Lodge, deux Lounge Chairs et leur ottoman forment un coin intime, quasiment dans les mélèzes et les bouleaux. Ces fauteuils dessinés par le couple mythique du design, Charles et Ray Eames, ont soixante-dix ans cette année. Voici leur histoire, et la raison pour laquelle nous les avons voulus au chalet.

Charles et Ray Eames

Charles, architecte, et Ray, peintre, se rencontrent à la Cranbrook Academy of Art, près de Detroit. En 1940, Charles et Eero Saarinen remportent le concours « Organic Design in Home Furnishings » du MoMA avec des sièges en contreplaqué moulé. Pendant la guerre, le couple fabrique pour la Navy des attelles et met au point les techniques qui serviront à leurs meubles. Collaborations avec E. Saarinen et Herman Miller, Case Study House n° 8, leur maison d'acier et de verre de Pacific Palisades, où ils s'installent la veille de Noël 1949, meubles de rangement, chaises en plastique aux piètements interchangeables ou en fil d'acier, sièges pivotants en aluminium et cuir, une cinquantaine de films : leur créativité semble sans limite.

1956 : naissance du Lounge Chair

Le Lounge Chair est l'aboutissement de seize ans de recherches sur le contreplaqué moulé. Un fauteuil de repos figurait déjà parmi les prototypes du concours du MoMA de 1940, et en 1946 le musée en exposait une version tout en contreplaqué, jamais produite. Il faudra encore dix ans pour trouver la bonne forme. Charles voulait retrouver le confort du fauteuil de club anglais, sans sa lourdeur : la chaleur d'un vieux gant de baseball, patiné par l'usage.

Le principe tient en trois coques de contreplaqué moulé plaqué de palissandre, pour l'assise, le dossier et l'appui-tête, garnies de coussins de cuir capitonnés, remplis de mousse, de duvet et de plumes. Elles reposent sur un piètement pivotant à cinq branches en fonte d'aluminium, reliées entre elles par des silentblocs en caoutchouc qui donnent au siège sa souplesse. Un repose-pieds assorti complète l'ensemble.

Le premier prototype est offert en 1956 à leur ami le cinéaste Billy Wilder. Une première série de cinquante fauteuils est assemblée à la main pour le showroom Herman Miller, et le fauteuil est lancé à la télévision américaine dans l'émission Home d'Arlene Francis, avec un court film de Charles sur sa fabrication, sur une musique d'Elmer Bernstein. Le fauteuil trouve tout de suite son public : en 1975, Herman Miller en avait déjà vendu cent mille. Édité par Herman Miller aux États-Unis et aujourd'hui par Vitra, maison suisse, en Europe, le Lounge Chair fait partie des collections permanentes du MoMA.

Au chalet

Les Eames voulaient des objets confortables, beaux et faits pour durer. C'est aussi ce qui nous a guidés tout au long de l'aménagement de La Tzoumaz Lodge. Plus personnellement, deux Eames regardaient la Seine chez mes beaux-parents. Rendons à César ce qui est à César : ce sont eux qui m'ont fait découvrir le confort absolu que l'on ressent, assis dans ces fauteuils.

Que ce soit pour lire la presse du matin ou pour contempler les sommets, pour siroter un thé ou un armagnac, pour refaire le monde ou simplement faire une petite sieste après une journée sur les pistes des 4 Vallées, les Eames ne sont jamais pris en défaut.

À retrouver dans la bibliothèque du chalet : Gloria Koenig, Eames, Taschen.

fauteuil Eames: confort à La Tzoumaz Lodge